Azenda.re

Amiculteurs, Amicultrices…

« Hors Cadre », le projet porté par la Compagnie Morphose de Soraya Thomas, porte bien son nom. D’abord, exit les murs, le cadre en dur, bienvenue dans les champs, sur la terre, dans le vert. Ensuite, le thème : il s’agit de faire se rencontrer danse, arts visuels et… agriculture. Question sortie de cadre, ça se pose là. Qu’est-ce que c’est que cette drôle d’idée ? Focus sur une expérience bucolique à souhait.

Au commencement, un croisement

« Hors Cadre repose sur une envie de croisements, avec une question subsidiaire : comment faire société ensemble avec la danse ? »

Soraya Thomas, danseuse et chorégraphe, rencontre Stéphane Kenkle, peintre. Ils se disent « tiens, si on croisait nos regards ? si on bossait ensemble ? » Chiche, mais quitte à croiser les arts, Stéphane propose un autre champ : peintre, plasticien, oui… mais aussi et surtout, il est paysan.

Soraya raconte. « Il m’invite dans son champ. On y passe deux, trois jours. On trouve très vite plein de choses en commun ». C’est décidé : ils vont axer la seconde édition du projet « Hors Cadre » autour de l’agriculture et de la culture. Agri-culture : tout était peut-être déjà sous nos yeux ?

« On a rencontré une douzaine d’agriculteurs et agricultrices. On a d’abord fait des échanges, des conversations, et avec certains, on a poussé un peu plus le travail ». À savoir : aller avec eux, dans leurs champs, dans leur quotidien et participer à leur travail. Apprendre leurs gestes. « Après, on a été carrément en laboratoire chez eux, en résidence dans les champs ».

Pendant plusieurs semaines, la chorégraphe, trois danseuses professionnelles et l’artiste plasticien sillonnent La Possession, Saint-Paul et Trois-Bassins, travaillant aux côtés des agriculteur⸱ices pour « créer des formes chorégraphiques inspirées de leurs gestes, de leur lien à la terre et au vivant ».

Tout ce qu’on a produit, récolté, semé, désherbé !

Ce qui naît de ces mois de préparation, ces semaines d’immersion au cœur du monde agricole, (et des milliers de salades plantées), c’est ce que vous pourrez découvrir samedi au Guillaume.

Pour la restitution de « Pieds à terre », Morphose invite le vibraphoniste, percussionniste, batteur David Fourdrinoy, chargé d’apporter le « côté rythmique et contemplatif » à l’ensemble chorégraphique.

En parallèle, Stéphane Kenkle a « capté en images cette alliance entre corps, territoire et travail », pour en faire une expo, « Dan Zardin », en hommage aux gestes agricoles ». Cette magnifique expo photo est à voir et à apprécier samedi. À voir aussi, un documentaire réalisé par Vincent Laborde, sur l’aventure « Hors cadre 2025 ».

« L’idée, là, c’est de ramener les champs dans le quartier. Pour ça, on a eu l’idée de faire un marché de producteurs. Et d’inviter les associations qui œuvrent à montrer d’autres manières de cultiver, à valoriser ces gens qui sont passionnés et qui proposent une agriculture différente. Il y aura des spectacles, de la musique, une grosse restitution de « Pieds à Terre »… Bref un déploiement de tout ce qu’on a produit, récolté, semé, désherbé ! »

Quelque chose de beau, ensemble

L’idée première était de créer du lien. Morphose essaie de « rapprocher des mondes qui semblent complètement opposés », explique Soraya. « On cherche à faire se rencontrer des univers qui semblent différents, mais qui ne le sont pas, puisqu’on travaille avec le vivant (que ce soit Stéphane, moi, les danseuses, les agriculteurs). On va chercher à sublimer ce travail, à en créer des gestes chorégraphiques ».

« Ils nous ont ouvert leur porte, leur cœur et leur métier »

Véritables témoins du processus de création, véritables témoins du quotidien paysan, chacun participant à l’émergence d’une œuvre en commun : ils en parlent.

Camille, agricultrice, « le Jardin des Kiosques » : « Cette proposition de venir travailler avec nous, de nous aider, de découvrir, de mettre les mains dans la terre et ensuite de danser sur cette même terre, moi ça m’a touchée. J’ai trouvé ça décalé, poétique, un peu barré, mais magnifique ! C’est beau de voir ce projet aboutir. Ça montre que ces mondes sont connectés. Ça met en lumière nos métiers aussi. »

Wendy, agriculteur bio, président de l’association LATRAKSION PEÏZANE : « Être avec le vivant, c’est ça notre moteur. Le fait d’être venus nous rencontrer avec ce respect du monde vivant, c’était assez intimiste. On est entré dans cette intimité, dans cette confiance, on s’est livrés. Marier « l’agri » et la « culture », là aussi de manière si vivante… C’était un cadeau de danser chez nous, sur ce qu’on leur avait inspiré. C’était beau de se donner ce cadeau aussi de pouvoir danser avec un vivant que tu ne connais pas (NDLR : Soraya a dansé avec son bœuf Moka !). C’était une vraie rencontre, autant pour lui que pour toi, et c’était merveilleux ! Le rendu des photos est incroyable. Stéphane a su sélectionner et faire un beau cadrage sur ce que je vis au quotidien. Les échanges nous ont amenés loin, sur comment on rentre en contact avec ce monde du vivant, et dans notre passé, aussi, sur ce que faisaient nos anciens. Aussi, sur comment aujourd’hui, on s’adapte à un nouveau modèle. »

Stéphane, plasticien, agriculteur, photographe : « À la base je ne suis pas photographe. C’est vous (les participants) qui avez accompagné mon regard. Les photos, on les a construites ensemble, à partir de réflexions, de nos échanges, en jouant sur nos passions. Souvent, on réduit les gens à des métiers, alors qu’on a des palettes dans tous les sens, et c’est cette idée-là que je voulais développer. Je voulais mettre (les paysans) en scène et valoriser le métier d’ agriculteur⸱ices. »

Romain, paysan apiculteur : « C’est un métier où on est tout seul, tout le temps. Tout seul avec nos abeilles, tout seul dans notre champ… Quand il y a des gens qui viennent et qui regardent ce qu’on fait et qui s’intéressent, forcément on cause ! ça crée vraiment du lien. »

Amélie, danseuse : « J’ai trouvé ça assez génial de sortir du cadre habituel, d’aller dans la vraie vie et de rencontrer des gens qui sont aussi dans leur travail. On fait se rencontrer des métiers qui sont vraiment différents, mais en fait ce sont surtout des humains qui se rencontrent. Quand on est dans les champs, le rapport au temps change… le temps s’étire, pour moi il y a une fatigue intense, mais qui fait du bien. C’est plus intense. »

Maeva, danseuse : « On ne m’avait jamais proposé ce type de projet. J’ai appris plein de choses. Ce qui m’a le plus marqué c’est l’accueil. Quelles que soient les personnes chez qui on est allés, on avait l’impression d’être à la maison. Quand on danse, c’est riche aussi de ce partage et de cet accueil incroyable et les échanges qu’on a pu avoir avec les gens qu’on a rencontrés. »

Eva, danseuse et prof de yoga : « J’adore travailler en extérieur, on s’inspire du vivant. Tout le processus a été inspirant. C’était très riche. Les rencontres et l’accueil, partout ou on est allés, ça a été une surprise à chaque fois. « 

Texte et photos : Lalou

« Hors Cadre » au Guillaume – le 31 mai 2025, de 15h à 20h :


• 15h | Ouverture du site au public
• 15h30 – 17h | Scène ouverte – place aux talents amateurs du territoire
• 17h15 – 17h45 | Spectacle de danse contemporaine – « Pièces de bus » par la Cie Morphose
• 18h – 18h45 | Restitution « Pieds à Terre »
• 18h45 – 19h45 | Instant musical avec Erick Lebeau
• 20h | Fermeture du site

Tout au long de l’après-midi :
• Exposition photographique « Dan Zardin »
• Marché des producteurs locaux : Découvrez des produits du terroir directement des producteurs des alentours
• Restauration et boissons, avec l’association « Bouzé Senior » du Guillaume

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