Azenda.re

Ça groove au Port

On se souvient du très réussi « Jazz Dann Port », qui en août dernier, nous a offert quelques jours de spectacle et de fête populaire en cœur de ville. Saviez-vous qu’en parallèle de ce projet, se déroule, à longueur d’année, tout un programme de « maillage » artistique, de tissage de lien social, d’éducation et d’ouverture culturelle ? Un ouvrage à plusieurs mains qui change un peu la vie, et dont le fil rouge est la musique. Yann Vallé, coordonnateur du projet, nous explique deux ou trois trucs, histoire de saisir et d’apprécier ce qui se trame au-delà des dates à l’affiche.

Rencontre

Concrètement, comment le projet Groove Dann Port est arrivé ?

C’est venu assez naturellement avec le festival (Jazz Dann Port), qui est clairement une commande politique, du maire du Port. Il se passe pas mal de choses dans la commune, mais il manquait un événement festivalier, populaire, festif. Et ils n’imaginaient pas un tel événement sans un volet d’action culturelle.

Kesako, Groove Dann Port ?

C’est le programme d’action culturelle du festival Jazz Dann Port.

Kosa i lé l’action culturelle ?  En gros, c’est ce qu’on fait pour permettre à tous les publics (notamment aux publics dits « éloignés » ou « empêchés ») de se rapprocher, d’accéder à l’offre culturelle. Plus précisément, c’est quand l’offre va vers le public, une façon de tendre la main. Organiser un concert au Kabardock, c’est pas de l’action culturelle. Aller faire un concert en bas d’immeubles à la ZUP, c’en est. Là, on parle de musique et de concerts, mais on peut aussi considérer qu’une master class de rougail saucisse, par exemple, c’est de l’action culturelle. Ça concerne tous les domaines.

En bref, le programme d’action culturelle, c’est l’ensemble des actions adressées à tous les publics, qui vont vers eux, dans l’idée qu’ils viennent ensuite d’eux-mêmes dans les lieux dédiés à la culture ».

Au fond, pourquoi ce programme ?

« Dans l’idée de ce programme, il y a les valeurs de ce qu’on appelle l’éducation populaire. C’est un mouvement humaniste, qui considère qu’il se passe énormément de choses en-dehors des structures traditionnelles d’enseignement, de formation, de transmission… Et qu’il faut le valoriser et le développer… Le but étant de donner à chacun, tout au long de la vie, la possibilité de s’épanouir, d’avoir accès à la connaissance, à l’expérience etc. Ces valeurs d’éducation pour tous tout au long de la vie, en complément de l’école (au sens large du terme), sous-tendent beaucoup le projet d’action culturelle. »

Jusque-là, on suit. Dans ce programme il est question d’« éducation artistique et culturelle »…

« C’est l’éducation au sensible. Ça passe à la fois par la fréquentation des œuvres, la rencontre avec des artistes, l’ouverture à la diversité culturelle… c’est donner des référents culturels, affiner la sensibilité esthétique, l’écoute, le regard et potentiellement, donner des référentiels communs (par exemple sur une classe d’âge ou une génération, une expérience et des références communes). »

Des référentiels communs : une des bases du lien social ?

« Oui, ça fait évidemment du lien. Tout ça pour moi relève d’enjeux de société. Bien sûr, la pratique instrumentale, la fréquentation des œuvres, c’est magnifique, et ça participe de la construction de l’individu et de son épanouissement. Mais aussi et surtout, c’est du « faire ensemble » : vibrer, rire, pleurer ensemble, être ému ensemble devant un spectacle, devant une œuvre, ou à l’occasion d’une rencontre… ça fait société. C’est essentiel. On est dans la construction du citoyen, au sens noble du terme, c’est-à-dire de l’individu qui vit parmi ses semblables (ou ses « moins semblables », et ça peut aussi être intéressant) … en tout cas qui ne vit pas seul. Citoyen en tant qu’habitant de la cité, quoi. Comment on vit dans la cité ensemble ? On sait qu’on y vit mieux quand on est plus ouvert à l’autre, à la différence, et qu’on a été nourri d’émotions.

« Groove Dann Port », c’est plutôt musique. Pourquoi ce choix ?

On est associés à un festival musical et donc axés sur la musique, pour des tas de bonnes raisons. C’est d’abord un mode d’expression artistique qui peut parler aussi bien à la tête qu’au cœur et au corps. Elle a quelque chose de très puissant de ce point de vue-là pour ce qu’elle peut porter d’émotion, suggérer intellectuellement, et donner envie de remuer le popotin.

« Cette expérience sensible partagée »

Et puis la musique offre une expérience très intime et bien souvent collective, partagée. C’est ce que les arts, et celui-là en particulier, ont d’extraordinaire : cette « expérience sensible partagée ». C’est une formule que j’aime beaucoup. « Expérience » parce qu’il se passe quelque chose : on expérimente quelque chose. Et « sensible », parce qu’elle passe par les sens. On est sur quelque chose de fin, de subtil, à la fois d’intime et de collectif.

Evidemment, la musique est une richesse d’une diversité extraordinaire, et très accessible dans sa version enregistrée. Aujourd’hui le web offre absolument tout, mais ce tout est vertigineux : il faut des clefs pour savoir ce qu’on cherche, avoir aiguisé sa curiosité et exploré. On peut ne pas vraiment faire confiance aux algorithmes pour nous ouvrir la tête et les yeux à la richesse de la diversité.

Au programme de Groove Dann Port, on compte un bon paquet d’ateliers collectifs d’initiation et de pratique musicale…

Dans la pratique, la musique est un vecteur de très belles valeurs. Dans son enseignement académique, on néglige parfois la pratique collective qui fut celle des harmonies de village : ça jouait pas forcément toujours juste, mais au moins on jouait ensemble, les plus âgés avec les plus jeunes, de façon festive, publique etc.  La pratique artistique collective, c’est un vrai bel apprentissage de l’écoute de l’autre. Partir tous au même moment et jouer tous sur le même tempo : on a là une magnifique métaphore du fait sociétal. C’est aussi de la rigueur, du travail, de la concentration, c’est vecteur de beaucoup de choses très intéressantes. C’est valorisant, satisfaisant, et ça offre aussi la possibilité de donner. Tu peux la jouer pour toi et tu peux l’offrir, la jouer aux autres. C’est quand même pas mal…

En chiffres et en lettres

Groove Dann Port, ça donne : des spectacles musicaux jeune public, ateliers de pratique instrumentale, interventions de musicien.ne.s dans et hors l’école, projections de films musicaux, émissions de radio, concerts et camp de vacances pour petits et grands, sans compter les animations et activités de découverte sur le village du festival… Voici quelques chiffres pour prendre la mesure du travail réalisé en amont et tout au long de l’année.

De novembre 2023 à novembre 2024 :

  • Plus de 3200 enfants et jeunes de 5 à 18 ans bénéficiaires (hors village du festival, ateliers tous publics, émission de radio et concerts dans les quartiers).
  • 17 projections de films, biopics et documentaires en lien avec la musique et le jazz.
  • 22 représentations de 4 spectacles jeune public.
  • 62 ateliers de pratique instrumentale, dans plusieurs disciplines (entraînant au passage la création spontanée de deux groupes permanents par des participants bien motivés !).

Cultivons !

Vivre ensemble, faire société, s’y reconnaître, « en être » … c’est un enjeu et un besoin qui, on l’aura compris, vont bien plus loin qu’une consommation de loisirs. Au fond, la culture n’est pas un luxe. C’est un lien, un liant qui fait tenir le tout ensemble (en plus de lui donner du goût) … En ces temps délités, ça ne fera pas de mal d’en rajouter une petite louche.

Lalou

T'AS VU ÇA AUSSI ?

Veuillez vous connecter