Azenda.re

Clochard céleste

Celui ou celle-là qui erre dans la rue, tout(e) seul(e), avec pourtant l’air d’être « à plusieurs dans sa tête » : on l’a tous forcément croisé(e), un jour ou l’autre. Quelle que soit la réaction que ces rencontres suscitent en nous, il est rare que l’on se demande vraiment ce qui a pu lui arriver.

Tousèl est l’histoire d’un de ces « ga dann somin », que l’on va découvrir au fil du spectacle entre souvenirs et délires oniriques du quotidien. Romuald Solesse, comédien péi, magicien, circassien, clown, et grand bavard, nous en dit un peu plus sur sa nouvelle création.

De quoi ça cause ?

Tousèl, comme son nom l’indique, est un seul en scène, mêlant les arts de la prestidigitation, la manipulation d’objets, le théâtre physique, le mouvement chorégraphique et le clown.

« Le personnage est un homme ayant élu domicile dans un coin de rue non loin d’un réverbère. Il passe le plus clair de son temps à entretenir une cabine téléphonique et semble attendre désespérément un coup de fil. » Empêtré dans des troubles obsessionnels compulsifs, de vérifications en pannes récurrentes, il entre « dans une frénésie de mouvements cycliques frôlant l’hystérie ». On plonge avec lui dans « un univers fantasmagorique de souvenirs, de rêves, de jeux de rôles », au fil desquels se révèlent petit à petit les clefs de son histoire et de son petit monde intérieur.

Romuald Solesse propose ainsi d’explorer le contraste entre le monde réel et la façon dont ce personnage le perçoit… la folie dans laquelle la solitude peut amener quelqu’un.

Sans causer !

« Je voulais me mettre au défi de ne rien dire »

S’il y a là un réel propos, Romuald a décidé de l’aborder sans paroles. Choix judicieux, puisqu’il permet de toucher au sensible et à la poésie sans blabla, de façon peut-être plus universelle et plus profonde… Mais qui n’est pas sans difficulté.

Comment raconter sans les mots ? Par le geste, certes, d’ailleurs l’artiste au cours de sa recherche a travaillé avec une chorégraphe de danse contemporaine. « Ce travail de chorégraphie m’a montré comment faire un lien entre tous les arts du corps », explique-t-il. « C’est du théâtre physique… même très physique ». C’est le corps en effet qui à lui seul transmet émotions et compréhension. Pour matérialiser ce propos, il s’est également appuyé sur l’objet, qu’il manipule et personnifie au service de son histoire. Enfin, pour embarquer le spectateur dans le monde du personnage, Romuald fait de la magie…

La magie au service du sens

De la magie nouvelle, mais encore ? Voici ce qu’en dit Romuald : « dans ce spectacle, je ne veux pas faire d’effet pour l’effet . Le personnage ne fait pas une démonstration de magie : il va même plutôt subir les effets magiques. Disons que c’est de la magie au service du sens, de l’histoire, du propos, et pas l’inverse ».

« cette bulle d’impossible qu’on accepte pendant un instant »

Pour lui, la discipline a été un coup de cœur d’enfance. « Quand j’étais en CE, je crois, j’ai vu un magicien qui faisait son numéro à la fête de l’oignon. Ça m’a fasciné. Ce que j’aime dans la magie, c’est cette bulle d’impossible qu’on accepte pendant un instant… Parfois même sans s’en rendre compte. ». C’est cette acceptation tacite, cette connivence qu’il a envie d’utiliser dans le sens de son spectacle.

Tousèl est une création un peu particulière, d’abord parce que c’est un premier « solo » pour Romuald, mais aussi peut-être par sa dimension plus intime qu’à l’ordinaire. Selon lui, le spectacle précédent se voulait avant tout un « antidépresseur », avec pour finalité principale (et très louable) d’offrir un bon moment partagé. « Les marginaux, c’est un sujet qui me touche. Là, on va plus dans la profondeur, dans l’émotion ».

À mon humble avis, Tousèl est un des spectacles locaux dont il serait dommage de se priver cette année.

Tousèl  dans les salles

Lalou

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