Azenda.re

Embarquement immédiat

Deux traits pour un voyage — Quand le dessin devient passage

Ils ne dessinent pas de la même manière. L’un raconte la nature avec l’enthousiasme de l’enfance, l’autre explore l’intime avec délicatesse. Pourtant, Pollux et Géraldine Gabin ont un point commun : le goût du trait comme terrain d’exploration. Tous deux participeront à l’édition 2025 du festival Embarquement immédiat à Saint-Leu. Rencontre croisée avec deux artistes qui dessinent pour mieux relier les mondes.

Pollux, le dessinateur de La Réunion — Le trait comme terrain d’aventure

Illustrateur jeunesse et naturaliste, Pollux (de son vrai nom Fred Martin ) explore La Réunion avec un carnet de croquis et un regard émerveillé. Installé sur l’île depuis dix ans, il mêle dessin, narration et pédagogie pour transmettre une passion simple et joyeuse : raconter le monde avec un stylo.

Originaire d’Avignon, il s’oriente très tôt vers les arts : lycée spécialisé, Beaux-Arts, études graphiques. Avant La Réunion, ce sont les routes d’Ardèche, les paysages… et même les mammouths. « Je me suis retrouvé à travailler sur l’illustration de mammouths dans des grottes ! ». Aujourd’hui, son style est limpide : « naïf et enfantin », dit-il, toujours au stylo bille, rehaussé d’aquarelle. Il illustre également des ouvrages jeunesse en réalité augmentée.

Mais Pollux est aussi un pédagogue passionné. Ses ateliers, où l’on dessine directement au stylo, attirent près de 3 000 personnes par an. « Même si on n’a pas l’habitude, je bouscule un peu les gens. Il faut se retrouver face à un sujet pas facile, mais apprendre à épurer l’image en réfléchissant à chaque trait. »

 Géraldine Gabin — Le trait pour dire l’invisible

Face à lui, Géraldine Gabin propose un tout autre voyage. Plasticienne autodidacte installée à La Réunion depuis 2006, elle s’empare du stylo bille comme d’un fil tendu entre les mondes. « La ligne dessine, sépare, relie… Elle matérialise la frontière. »

Ses portraits au trait fin, souvent féminins, évoquent des figures suspendues entre mémoire et rêve, réel et imaginaire. « Les figures apparaissent, se fragmentent et se recomposent dans des paysages oniriques, symboliques ou abstraits. » Des touches d’aquarelle, des textures végétales et des éléments naturels troublent la lecture du visage, pour inviter à une exploration plus intime.

Professeure de lettres de formation, elle découvre le dessin en 2010 après une rencontre artistique décisive. En autodidacte, elle forge un langage visuel sensible, délicat, toujours en tension entre précision du trait et poétique du silence.

Embarquement immédiat : un festival, deux regards

Du 12 au 20 juillet 2025, la ville de Saint-Leu accueillera une nouvelle édition du festival Embarquement immédiat, dédié au carnet de voyage. Pollux et Géraldine Gabin y seront présents, aux côtés de quatorze autres artistes.

Pollux proposera une randonnée immersive dans le domaine du Chaudron, entre vieux moulin et croquis in situ. « Le festival me permet de me re motiver, de reprendre des œuvres, d’aborder enfin un style carnet de voyage que je ne prends pas toujours le temps d’explorer. »

De son côté, Géraldine exposera ses portraits récents au stylo bille, et animera une rencontre autour de sa démarche. Pour elle, ce festival est plus qu’un événement artistique : « Embarquement immédiat, c’est un moment de partage, de respiration et de connexion avec les autres. »

Deux artistes, deux styles, mais un même élan : faire du trait un espace de transmission. Entre enfance et féminité, nature et intériorité, Pollux et Géraldine Gabin nous invitent à regarder autrement. L’un trace des routes, l’autre révèle des visages. Et tous deux, à leur manière, ouvrent la voie.

Victoria 

T'AS VU ÇA AUSSI ?

Veuillez vous connecter