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Kanasel, l’homme du Soul Rock tropical

Il vient de Saint-Benoît, il aime les voix qui déchirent les silences et les guitares qui saturent les sens. Kanasel, c’est ce mélange à vif entre une identité rurale réunionnaise et une passion viscérale pour le rock des années 70.

Influences

À 29 ans, il affirme une parole libre, hybride, entre racines et grands départs, dans une musique qu’il qualifie lui-même de soul rock tropical. « Je suis un chanteur de Saint-Benoît, j’ai grandi dans un quartier agricole entouré de champs de cannes. Donc Kanasel, c’est un clin d’œil à cet endroit-là. C’est partir sur le sucre pour aller vers le sel, c’est-à-dire rendre hommage à mes origines, tout en affirmant mon envie d’ailleurs.» Ce pseudo, comme un manifeste, donne le ton d’un projet profondément ancré et ouvert, personnel mais traversé par mille influences.

« Moi, mes premiers frissons, c’était sur une guitare saturée ».

Chez lui, pas de maloya, pas de kayamb : « Tu me donnes un kayamb, je saurais pas quoi faire avec. Chez mes parents, tout était créole – la déco, la bouffe, le causé – sauf la musique. Moi, mes premiers frissons, c’était sur une guitare saturée. Même si aujourd’hui j’écoute énormément de local, si je faisais du maloya, j’aurais l’impression de faire plaisir à quelqu’un d’autre, pas à moi. »

Ce qui le fait vibrer, c’est le rock des seventies, cette époque où l’émotion passait par le corps et les cordes. « J’ai toujours adoré le rock de cette époque, donc il y a beaucoup de ça dans ma musique. Mais comme je suis un gars de Saint-Benoît, faut bien qu’il y ait du créole dedans un peu. » Il puise aussi dans le rap pour la vivacité des textes : « depuis 25 ans, la langue la plus vivante elle est dans le milieu urbain, c’est là que ça se joue. Je veux prendre le meilleur de chaque style et voir ce que je peux en garder pour faire grandir ma musique. »

Sur scène, Kanasel ne doute pas. Mieux : il se transforme. « J’ai jamais eu le trac de ma vie. C’est de l’adrénaline, mon corps absorbe très bien ça. Si jamais ça déborde, je crie sur les gens, mais en vrai ça va. » Il enchaîne les concerts avec une présence intense, viscérale. Il a déjà foulé les scènes des Francofolies, du Sakifo (sa « répétition générale à la maison » comme il dit), et s’apprête à présenter son nouveau projet au public métropolitain cet été.

Un nouvel EP…

… est prévu pour la rentrée, avec des titres enregistrés à l’île Maurice. « On va commencer à sortir les chansons en septembre, et on donne rendez-vous à la fin de l’année à ceux qui ont aimé le premier album. »

Ce qu’il cherche à transmettre ? « Un petit concentré de vie en une heure. Aujourd’hui, l’époque est floue, même la vérité on n’y fait plus trop attention. On a perdu des repères. Moi je veux revenir au basique : l’émotion. Dans mes concerts, je veux que les gens se sentent assez en sécurité pour chanter, danser, pleurer, rire. Juste ressentir. »

Entre les champs de cannes et les amplis poussés à fond, entre les mots coupés en créole et les solos de guitare à l’américaine, Kanasel trace une voie nouvelle. Une route faite de tension et de tendresse, d’insolence rock et de sincérité brute. Une voix d’ici, tendue vers demain.

Interview et texte : Victoria Kharlamoff

Photos : © Iris Mardémoutou / © DR

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