A-t-on besoin de présenter Maya Kamaty ? L’artiste réunionnaise a sorti son premier album en 2014, et depuis elle ne cesse de se réinventer à chaque fois. En alliant politique et poésie, elle nous livre son dernier projet musical Sovaz, un album de revendication autant dans la forme que dans le fond. Rencontre avec une artiste plurielle au caractère de feu.
Quand Maya Kamaty écrit Sovaz, elle l’écrit, à mon sens, pour des filles qui ne font pas ce qu’on leur dit de faire. Celles qui parlent un peu trop fort. Celles qui n’ont pas leur langue dans leur poche. Celles qui regardent en grèn. Celles qui prennent de la place et ne s’en excusent pas. Bref, elle l’écrit pour les filles sovaz.
« Il faut rester barbare, il faut rester sovaz et se réapproprier ces termes-là, puisque ça implique de garder toute notre culture, notre langue. »
« Sovaz » en créole c’est une insulte qui signifie « insolent ». Une femme qui s’affirme, qui ose dire non, qui prend de la place et qui ne s’excuse pas pour qui elle est, elle est sovaz. Elle choisit ce mot comme premier titre de l’EP éponyme pour mieux se le réapproprier. Mais c’est aussi un pied de nez au terme “ensauvagement”, qui se répand de plus en plus avec la montée de l’extrême droite. Sa volonté de “rester sovaz”, c’est un appel à rester authentique à sa culture.
Jouer avec les mots est une des spécialités de la musicienne, qui allie dans son dernier projet poésie et politique en utilisant des sonorités rap, maloya et électro. Le résultat est un album et une artiste sur lesquels il est difficile de mettre une étiquette… et pourquoi le faire ? Essayer de rentrer Maya Kamaty dans une case, ce serait perdre une grande partie de qui elle est : une force mouvante, en constante évolution, qui se définit elle-même comme plurielle.
En 2014 elle sort Santié Papang, composé de ballades envoûtantes majoritairement en créole, en 2019 l’album Pandiyé où elle explore des sonorités électros. Puis, influencée par des sources d’inspiration diverses comme Alaza ou Sueilo ou encore Kendrick Lamar, Rosalía et Diam’s, elle collabore avec le producteur de musique Sskyron pour produire son dernier projet en date: “Il m’a montré le chemin pour faire ce que j’avais envie de faire”, explique-t-elle, pleine de reconnaissance.
Un volcan feu et de poésie
Pour écrire Sovaz, la chanteuse puise dans son indignation et sa colère, qui sont pour elle “des sources intarissables”. L’écriture du projet est authentique, poétique et politique et donne naissance à des morceaux comme Kaskolé où elle dénonce le harcèlement de rue, ou encore Kartel où elle aborde la politique. Les convictions et les engagements de l’artiste imprègnent tout l’album, mais elle refuse cependant de porter un étendard. “Je veux pouvoir en parler à ma façon, avec mes mots, en partant de mon expérience”, clarifie-t-elle.
Porter un étendard, c’est aussi porter un poids et ne pas avoir droit à l’erreur, quelque chose qu’elle ne connaît que trop bien : elle a grandi en étant la fille de Gilbert Pounia, le leader du groupe de maloya Ziskakan. Cet héritage a entraîné beaucoup de pression pour l’artiste : “J’avais l’impression que je devais toujours mon succès à quelqu’un”, explique t-elle.
Ainsi le projet musical Sovaz arrive comme une libération. Elle le décrit comme cathartique. Et quand elle interprète sur scène en concert ou en solo set DJ, elle se sent “libérée”, selon ses propres mots. Et tous ceux qui ont pu la voir pourront en témoigner : quand Maya Kamaty joue sur scène, c’est avec le cœur brûlant. L’artiste enchaîne les dates à la Réunion, en France, en Inde, en Amérique et bientôt au Brésil.
En s’exportant, elle souhaite pouvoir universaliser sa musique et ses messages. Pourtant, elle se voit souvent confrontée à un obstacle qui pour elle ne devrait pas en être un : en France, on lui reproche de chanter créole et sa musique est catégorisée “musique du monde”, à la Réunion on lui reproche de chanter français et de ne pas faire du maloya traditionnel. “On ne demande pas à Rosalía pourquoi elle chante en catalan”, dénonce-t-elle.
Ce n’est d’ailleurs pas la seule critique qu’on lui réserve… Maya Kamaty est régulièrement la cible d’attaques. Et peu importe ce que ces détracteurs trouveront à dire sur l’artiste, dans le fond, ce qui dérange le plus, c’est que ce soit une femme créole qui s’affirme et qui ne s’excuse pas d’être qui elle est.
Si vous voulez la voir, elle sera en représentation au Vavangart ce samedi 16 novembre et au Zinzin le 22 novembre.
Léa
