Le duo fertile fondateur de Kolkol
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Derrière ce collectif de 60 artistes fondé en 2023, on retrouve Frédéric Rivière et Johan Hoareau. Les 2 Réunionnais qui se considèrent « comme des frères » m’ont reçu à la Case Dodie du Tampon pour que je dresse leur portrait. Allons-y !
Nous ne nous sommes pas rejoints à la Case Dodie parce que le restaurant occupe une ancienne boutique chinoise âgée de 109 ans ou parce que le personnel sait recevoir. Non, nous avons choisi ce lieu car en sortant sur la terrasse, vous trouverez un escalier qui mène à une petite case style lontan. Il s’agit de la galerie d’art de Kolkol inaugurée en avril dernier : Farfar. Oui farfar comme cet espace où l’on peut fumer la viande mais surtout stocker les graines. Johan et Frédéric en comptent 60 pour le moment. 60 plasticiens locaux qui sont entrés dans l’association tremplin pour obtenir des opportunités, échanger et exposer plusieurs fois dans l’année.

La galerie d’art Farfar. Photo de Frédéric Rivière.
Kolkol présentée comme il se doit, revenons sur ses cofondateurs. Frédéric répond le premier à mes questions. Imaginez-vous un homme aux bras entièrement tatoués, cheveux et barbe qui virent au gris, les lunettes sur le nez. Nostalgique quand nous parlons de sa jeunesse, le photographe de 37 ans se remémore « l’ancienne vie sans le téléphone portable et avec plus de sociabilité. » Il se souvient des parties de foot, de la plage, des sorties montagne et de son souhait : devenir pédiatre.
« 10 000 clichés par mois. »
Lorsque je demande à Frédéric de me raconter un moment de sa vie qui le représente bien, il m’emmène à Mafate en 2012. Alors qu’il photographie un oiseau, le sol se dérobe sous ses pieds. La sangle de son appareil lui évite une chute bien dangereuse. « J’ai choisi cette histoire qui illustre bien les choses : je fais ce que j’aime et parfois l’imprévu arrive », me dit-il. Pas de pédiatrie finalement pour celui qui a grandi au Tampon, mais plutôt une carrière militaire. Pendant 8 ans, Frédéric travaille « dans les télécommunications de l’armée de Terre et dans la transmission/messagerie de l’OTAN. »
Pendant cette période qu’il passe en métropole et à Londres, plus précisément en 2009, le Réunionnais découvre la photo avec un ami d’enfance. La suite, il vous la donne : « je suis passé du téléphone au vrai appareil. Je faisais 10 000 clichés par mois. Ça m’a suivi à La Réunion, je suis passé à 100 000 tous les 4 mois. » L’ancien militaire se forme tout seul. Sa démarche : rendre visible ce que les gens n’ont pas le temps de voir. Il aime notamment dupliquer une photo pour créer un effet miroir et laisser aux spectateurs la tâche de faire parler leur perception. Frédéric commence vraiment à exposer vers 2020, vous pouvez d’ailleurs retrouver son travail dans les couloirs du premier étage de l’hôtel Le Terre Sainte (bon vous vous doutez de la localisation).

Le travail de Frédéric Rivière.
L’homme qui ne veut pas attendre
Pendant l’interview du photographe, Johan patiente à côté. Le second cofondateur de Kolkol cache ses cheveux bruns sous une casquette. Barbu lui aussi, il a relevé les manches de sa chemise et sourit parfois en écoutant son compère. Allez, parlons de son parcours. Le natif de Saint-Denis montre les premiers signes de son impatience dès ses 2 ans. Fatiguée de le voir réclamer du piment rouge, sa mère le laisse goûter à condition qu’il ne pleure pas. Vous doutiez peut-être mais non, Johan a réagi dignement !
« Bon élève mais paresseux », le Réunionnais suit ses amis en section arts et littérature. Surprenant pour un geek qui s’assume : il ne va pas jusqu’au boss de fin lorsqu’il fait l’impasse sur la dernière partie de sa terminale pour intégrer l’Institut de l’Image de l’Océan Indien. Rebelote ensuite avec l’ILOI qu’il quitte prématurément pour un travail en tant que graphiste exécutant dans la communication. Un signe d’impatience là encore ? Et puis Johan repousse le monde de « la communication pure (la publicité) » pour ouvrir sa boîte de sérigraphie. L’idée : créer des t-shirts humoristiques un peu à la Pardon!. Le père de 37 ans tente aussi d’ouvrir un éco-lieu mais après « 2 ans de vie galère » dans la seule yourte qu’il a bâtie, il jette l’éponge.
Arrive alors la vidéo vers 2020. Le graphiste commence par du stop motion qu’il fait découvrir dans les milieux associatifs et scolaires, il se forme tout seul. Il s’inspire des films ou des séries qu’il voit. Traduction : évitez de regarder quelque chose avec lui puisqu’il revient en arrière pour analyser une technique intéressante qu’il ne connaît pas. Le fan de Tim Burton ne cache pas son impatience et elle explique son choix de devenir vidéaste : « évidemment la vidéo ce n’est pas juste prendre sa caméra et filmer mais je trouve qu’il s’agit d’un média facile d’accès dans le sens où on comprend les techniques assez vite. On peut rapidement exprimer des choses complexes. »
Une vidéo que Johan Hoareau a réalisé avec des lycéens.
Différents et similaires mais complémentaires
Du même âge, les 2 Réunionnais ont bien souvent fréquenté les mêmes établissements scolaires. Ils se connaissent depuis tout petit sans se connaître jusqu’à ce qu’ils se côtoient vraiment il y a 20 ans grâce à leurs relations communes. Ils se rapprochent dans les années 2015 lorsque Johan soutient son pote qui vit son premier épisode bipolaire. Frédéric explique : « on voulait monter un projet ensemble alors en 2023, quand ça s’est ouvert pour nous 2, on a réfléchi et on s’est vite lancé. » Désormais, les fondateurs de Kolkol se retrouvent presque toujours collés (désolé, trop tentant). Symbole fort : le photographe a été désigné « tonton » de la fille du vidéaste.
Alors bien sûr et heureusement, les « deux frères » ne se ressemblent pas en tous points. Johan s’avère être moins sportif, il joue plus aux jeux vidéo bien que Frédéric se joigne à lui pour des parties de Worms. D’un militantisme plus affirmé, ce dernier s’est énormément impliqué dans le mouvement des gilets jaunes par exemple. Il a distribué des repas aux personnes dans le besoin et essaie d’aider les bipolaires. Nos 2 Réunionnais prônent la justice, l’amour, le respect et la bienveillance. Mais ils savent se trouver des qualités et des défauts bien à eux. Johan « est généreux » et Frédéric « droit », le photographe « est susceptible » même s’il revient toujours quand le vidéaste, vous l’avez compris, « manque de patience. »
Aussi différents que similaires, ils affichent surtout une complémentarité nécessaire. Johan développe : « chacun ne pourrait pas gérer Kolkol sans l’autre. Il y a un équilibre et c’est fluide entre nous. Moi je suis trop impatient et chaotique, Frédéric m’apporte un cadre, une force tranquille. » Ce dernier répond : « je suis peut-être plus constant mais Johan est très direct et pragmatique donc quand on a une idée, il l’applique tout de suite. »
Kolkol voit plus loin
Et des idées, ils n’en manquent pas. Après s’être diffusée un peu partout grâce à ses débuts en itinérance (comme le souligne l’appellation Kolkol qui fait référence à cette mauvaise herbe qui voyage fixée sur les êtres vivants pour se reproduire), l’association veut continuer de fédérer. Qu’est-ce qui va suivre la constitution de ce point de ralliement culturel que forment Farfar, la Case Dodie et l’Embuscave CQFD ? Réponse : la web TV Vision. Johan en dit plus : « il s’agira d’un long format, une émission avec plusieurs pastilles et des invités des différentes branches artistiques. On espère trouver des partenaires car c’est plus appréciable et bénéfique d’avancer à plusieurs. » Un projet alléchant qui permettra de promouvoir la culture réunionnaise alors parlez-en autour de vous !
Suivez le collectif Kolkol sur son site web, Facebook (la galerie possède également sa page) et Instagram. Farfar vous accueille du mardi au samedi.
Clem
