Un lieu, une vision, une femme – Céline Amato
Parmi les rues tranquilles mais vibrantes du Tampon, dissimulé derrière une façade sans prétention, un espace singulier bat au rythme de la création : le LAB. Installé dans un ancien garage automobile, ce lieu brut de 500 m² ne ressemble à rien de connu. Ici, pas de linéarité, pas de rideau rouge : seulement de l’élan, du vivant, de la matière en mouvement.
Plus qu’un centre culturel, le LAB est un terrain de jeu et de pensée, un laboratoire artistique où l’indiscipline est une méthode, et l’expérimentation, une nécessité. Les disciplines s’y croisent – danse, théâtre, arts visuels, performance, poésie, musique – dans un joyeux désordre volontaire. Les idées prennent forme, se confrontent, s’échappent, puis reviennent enrichies d’humanité.
À la tête de ce lieu habité : Céline Amato, danseuse, chorégraphe, directrice de la compagnie ArtefaKt. Une artiste à l’énergie contagieuse, guidée par l’envie de créer des ponts entre les mondes. Elle ne construit pas des murs : elle ouvre des passages.
Une maison pour tous, née de l’impulsion d’une artiste
L’histoire commence en 2015. Un hasard, une annonce, une visite. Céline découvre un lieu désaffecté. Un espace vide, marqué par le temps, mais chargé de possibles. Un appel silencieux qu’elle entend comme une évidence.
« Même si je n’aime pas m’enraciner, pourquoi ne pas se poser pour créer une maison… mais une maison pour les autres ? », confie-t-elle. À contre-courant de la logique de possession, elle pose ses valises pour permettre à d’autres de circuler, de rêver.
Le LAB ne connaît pas de coupure de ruban officielle. Il naît dans la poussière, la peinture fraîche, les rires et les coups de main. Chaque détail a une histoire : un piano donné par un voisin, un micro-ondes chiné, des livres abandonnés et ressuscités sur une étagère collective. Le décor se compose à mesure que les gens franchissent la porte — artistes, curieux, enfants, habitants. On y entre souvent avec un objet, on en repart avec une idée.
Le LAB devient très vite une « maison commune », un espace d’accueil pour la création mais aussi pour les trajectoires de vie. Un lieu qui n’impose rien, mais propose tout : le partage, le doute, la liberté, l’élan.
« Il fallait que ça sente le monde », dit Céline. Que chaque recoin reflète un fragment de ceux qui le traversent. » Pas un centre figé mais un lieu poreux, fait de frottements, de contradictions fécondes, de bruits et de silences. Une maison qui respire.
Une vision poétique de la création
Céline Amato ne se limite pas à la danse. Elle est une passeuse d’univers, curieuse des mondes du théâtre, de la poésie, de l’objet, de l’autre. « Je suis une amoureuse des objets. Dans mon travail, ça se ressent. J’aime aller à la rencontre : des écoles, des quartiers, des gens… » Le LAB est à son image : foisonnant, bouillonnant, sans routine. Un lieu où l’on expérimente sans formatage, où l’on questionne la transmission et les formes de représentation, où l’on ose des pas de côté.
Le nom complet du lieu ? Le LAB – Les Agités du BoKal. Un clin d’œil à la folie douce de la création, à la réflexion permanente, à la volonté de faire bouger les lignes.
Un espace en constante mutation
Sur 500 m² répartis en deux grandes salles, le LAB accueille chaque année une dizaine de compagnies en résidence, des stages, des ateliers, des restitutions ouvertes à tous — souvent « au chapeau », car « même sans un sou, on peut venir regarder ». L’accès à la culture y est pensé comme un droit, pas un privilège.
Le lieu se transforme au fil des années, des rencontres, des contextes. Céline le dit simplement : « On n’est pas seulement, on devient. » Il n’y a pas de programme figé : ce sont les énergies qui traversent le LAB qui le font évoluer. Et cela peut très bien être l’idée d’un habitant, d’un artiste de passage ou d’un enfant du quartier.
Une démarche engagée et autonome
Le LAB fonctionne en toute autonomie, sans subventions structurelles. Céline et son équipe répondent à des appels à projets, travaillent en partenariat avec la ville sur certains dispositifs, mais l’ensemble repose sur un équilibre fragile. La compagnie ArtefaKt, quant à elle, reçoit quelques soutiens institutionnels, qu’elle met aussi au service du lieu.
« Ce n’est pas un caprice d’artiste. Ce lieu, c’est mon projet de vie. » Une phrase qui résume à elle seule l’engagement total de Céline. Un lieu tenu à force de récup’, d’imagination, de savoir-faire, de cœur. « Si on n’a pas le sou, on y arrive toujours avec de l’énergie. »
Le sud comme point d’ancrage
Si le LAB s’est installé au Tampon, ce n’est pas un hasard : Céline, originaire du sud de la France, s’est installée à La Réunion en 2008, d’abord à la Plaine des Cafres. Elle voulait développer ici, dans le Sud, un réseau de création fort et visible, à contre-courant de la centralisation culturelle.
« On voulait valoriser un lieu dans le sud, étirer les réseaux, créer un espace où chacun pourrait projeter quelque chose. On souhaite être une maison pour tous. »
Le LAB, un battement de cœur artistique
Dix ans après son ouverture, le LAB continue de pulser au rythme de ceux qui le traversent. Il n’est pas un bâtiment : il est une énergie. Celle de Céline, d’abord, mais aussi de toutes celles et ceux qui viennent y poser un mot, un geste, un rêve.
Et demain ? Il évoluera encore. Parce que « le but de la vie, c’est la transformation. »
- Article : Victoria
- Photos : Victoria, les agités du Bokal (source : site internet)
