Difficile d’oublier Ziad Daroueche une fois qu’on l’a croisé. L’artiste de 29 ans à la coupe afro et au sourire contagieux se produit à La Réunion depuis 5 ans. Comorien d’origines malgaches, tanzaniennes et yéménites, il joue son afro-rock dans toute une partie de l’Afrique de l’Est, région qu’il souhaite mettre en avant. Rencontre avec ce défenseur de la mixité au style authentique.
Écouter du Ziad Daroueche c’est découvrir, à mon avis, une proposition assez peu commune. Le principal intéressé avoue d’ailleurs « se féliciter quand les spectateurs viennent dire qu’ils ont découvert une musique originale. Chose qui arrive souvent. » Pas si surprenant quand on connaît son parcours.
Enfant, l’Anjouanais a suivi son père musicien dans les mariages traditionnels. « C’est lui qui m’a initié à la guitare. Nous avons joué ensemble lors du twarab. Il s’agit d’un moment pendant lequel l’orchestre propose des chants d’amour et souhaite bonne chance aux mariés », se rappelle-t-il. Une enfance bercée par le son, par les voix de Bob Marley, Carlos Santana et bien d’autres. Sans oublier le mgodro, cette musique dansante importante aux Comores.
La liste d’influences ne s’arrête pas là car Ziad Daroueche « touche à tout. » Au conservatoire de Saint-Pierre, il s’est formé pendant 2 ans aux musiques de l’île, au jazz ou encore aux percussions africaines. L’artiste ajoute : « Keziah Jones et Lenny Kravitz m’ont aussi inspiré. » Il mélange tous ces styles pour obtenir son « propre truc. » Pour le Comorien la créativité prime, il la stimule en travaillant avec des personnes différentes : « j’ai plusieurs groupes et en tournée je pars tout seul. Je rencontre des musiciens locaux sur place, c’est très enrichissant. »
Faire rayonner les Comores et l’Afrique de l’Est
Écouter du Ziad Daroueche, c’est aussi ne pas pouvoir s’empêcher de bouger, au moins un peu. L’artiste compte sur l’afrobeat pour « que les gens dansent, sourient et oublient le quotidien qui peut être difficile pour certains. » Il poursuit : « l’afrobeat gagne en popularité, il a émergé un peu partout. J’ai vu des vidéos de Japonais et de Chinois en train de bouger sur ce genre musical, quel plaisir ! Une bonne musique pour moi, elle donne envie de se lever. »
L’artiste chante ses racines et sa culture dans des titres comme Woman ou bien My country. On se retrouve transporté grâce aux sonorités mais surtout par la langue. L’Anjouanais utilise le comorien et le swahili. Cette dernière, il veut la partager car il s’agit de « la plus belle du continent, d’une vraie richesse. » Il cherche toujours à apprendre, il s’essaie par exemple au malgache. « Je veux faire découvrir mon art au monde donc c’est mieux pour faire passer mon message et pour me vendre », sourit-il.
Une question sur sa culture ou sur ses paroles ? Il ne faut pas hésiter à venir discuter avec Ziad Daroueche une fois le concert terminé. Le Comorien, toujours souriant, apprécie ces échanges. Il s’adapte : « certains soirs, les gens veulent juste danser. Mais d’autres soirs, il y a plus d’interactions. J’explique des choses, je discute avec mon public. »
Au nom de la mixité
Le chanteur laisse souvent des messages dans ses morceaux. En attestent des titres comme Stop the war, Happy ou encore Stop Boko Haram. « Je parle beaucoup de paix et de fraternité. Nous ne sommes que de passage dans ce monde alors profitons-en pour nous donner beaucoup d’amour », explique-t-il.
« Issu de la mixité », Ziad Daroueche la met en avant. On comprend alors pourquoi il utilise le swahili, le comorien, le français ou encore l’anglais. Par son parcours, l’artiste incarne parfaitement l’ouverture à l’Autre. Il a vécu à Madagascar puis à la Réunion pour ses études supérieures. Depuis, il se rend avec sa guitare dans bien des pays. Par exemple au Kenya et en Tanzanie où il tisse des liens avec les musiciens locaux notamment.
« Education on te réclame, education on veut de toi. Education tu fais les femmes, education tu fais les hommes. Education tu es utile, education you’re power. »
L’Anjouanais « espère unir les gens » par sa musique qui mélange les cultures. Un souhait qui résonne avec les tensions entre Comoriens et Réunionnais sur l’île intense ? Ziad Daroueche répond : « on pourrait le voir comme ça mais non mon message est universel, je ne me penche pas sur un territoire en particulier. »
Dans son morceau Education, il s’interroge sur « cette jeunesse pleine d’énergie. » L’artiste, qui a réalisé de l’aide aux devoirs dans le primaire, a trouvé entre les murs des écoles la meilleure arme pour vivre ensemble, se poser les bonnes questions et avancer dans la bonne direction. Un indice : son nom se trouve dans le titre de la chanson !
Pour voir Ziad Daroueche, rendez-vous au Before de Saint-Pierre le 25 janvier. Sinon, vous pouvez l’écouter sur YouTube, SoundCloud, Deezer ou Spotify et le suivre sur Facebook et Instagram.
Clem
