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L’île intense célèbre le pays du Milieu à Grand-Bois

Pour l’expo Made in, la galerie Cinq Dimensions de Saint-Pierre se change en boutique chinoise depuis le 23 novembre et jusqu’au 22 février. Pourquoi me demanderez-vous ? Patience on y reviendra plus bas, promis. L’ancienne usine sucrière m’a ouvert ses portes. J’y ai rencontré le propriétaire du lieu culturel, le commissaire d’exposition et 2 des 24 artistes participants. À nous tous, on vous donnera peut-être envie d’assister à cet évènement qui met la Chine et la Réunion à l’honneur.

Vous le savez évidemment tous : 2024 a été l’Année franco-chinoise du tourisme culturel. Le motif parfait pour la galerie Cinq Dimensions qui monte alors l’expo Made in. Il fallait faire quelque chose. D’autant plus que l’on connaît les liens tissés entre notre île et ce pays d’Asie. Made in parce que la Chine se voit célébrée ? En partie oui mais cette appellation contient un second sens. Je laisse au propriétaire de l’établissement, Boris Castro, le soin de vous expliquer : « Nous exposons des artistes nés ou ayant vécu longtemps à La Réunion. Par exemple, Victor Abel s’est installé à 23 ans. L’objectif est donc aussi de mettre en valeur l’art et le patrimoine réunionnais. C’est un plaisir car depuis nos débuts (juin 2023), nous n’avons jamais rassemblé autant de talents. »

Sur cet aspect promotion des artistes locaux, le commissaire d’exposition s’est aussi exprimé. Il s’appelle Julien Aure lorsqu’il porte cette casquette et Félix Duclassan quand l’artiste prend le dessus. Mais pour l’instant, c’est Julien que je convoque. « Actuellement, le grand public se demande s’il y a de l’art à La Réunion, s’il y a des galeries et s’il peut acheter », affirme le Réunionnais. Il poursuit : « même si on affiche quelques noms internationaux comme Masami ou Rung-Tsu Chang, on a choisi des talents de chez nous, émergents ou non, qu’il faut découvrir. C’est aussi l’occasion pour dire aux collectionneurs qu’ils doivent peut-être acheter maintenant, avant que l’artiste ne gagne en visibilité. » Et puis il faut ajouter que des pièces qui coûtent 500 ou 700 € ici peuvent valoir le triple ailleurs. Le message semble passer car certaines œuvres ont déjà été vendues. C’est par exemple le cas d’une toile d’Abel Techer : Make-up. L’acquéreur a décidé de la récupérer avant la fin de l’expo (dommage).

Made in ou l’éclectisme artistique

Allez finie l’attente, voici ce qu’on trouve à Grand-Bois. Tout se passe au rez-de-chaussée. Dans la plus grosse galerie privée (physique) de l’île s’étalent environ 80 pièces disposées de façon qu’elles dialoguent entre elles. Lanternes traditionnelles, toiles avec Mao Zedong et d’autres éléments du pays du Milieu, vases, boulier ou encore le souvenir des boutiques chinoises qui, de nos jours, disparaissent sur l’île, vous verrez bien des choses. Variété dans les sujets, variété aussi au niveau des supports avec des sculptures, du dessin, de la peinture, des photographies et de la gravure notamment.

Chanceux que vous êtes : l’Azenda et la galerie Cinq Dimensions adorent partager. Donc on vous propose plus que ce listing d’une partie des œuvres contemporaines et les quelques photos de l’article. Les artistes Abel Techer et Félix Duclassan ont pris le temps d’échanger avec moi sur leur contribution pour Made in.

Honneur à Abel qui se trouve en résidence à la galerie pour préparer une autre expo. Il connaît les lieux car il y anime des ateliers. L’artiste originaire de Petite-Île a déjà affiché ses productions ici. Sur les 10 que vous pouvez observer, 2 seulement ont été réalisées pour Made in. Mais finalement, le reste mérite sa place. Le peintre et dessinateur explique : « Mes 8 autres travaux étaient pour ma précédente exposition. J’ai notamment peint un autoportrait et un diptyque avec des drapeaux dans le style des petits jouets militaires verts en plastique. Ces objets avec lesquels j’ai joué dans mon enfance provenaient de Chine, on les trouvait dans les boutiques chinoises. »

« L’artiste pose son regard sur le monde, sur une problématique. »

Pour Made in, Abel a réalisé 2 huiles sur toile. La première, Make-up, représente son visage maquillé sur un fond gris uni. La seconde s’intitule En attendant la poussière. On retrouve ce même fond, avec une partie plus claire et le corps du peintre, allongé sur un socle à la manière des femmes lascives typiques de l’art occidental. Le Réunionnais développe : « j’ai repris de façon burlesque les tableaux classiques. Ici pas d’odalisque mais une anatomie plutôt masculine qui montre son postérieur avec exagération. » On trouve rapidement le lien avec la Chine car les 2 individus sont faits de porcelaine. Mais si Abel ajoute ce clin d’œil au pays d’Asie, il garde sa démarche : « l’artiste pose son regard sur le monde, sur une problématique. Je suis mon fil conducteur, par exemple la question du genre, le rapport au corps et aux objets. » Des questions à poser à l’exposant ? Je vous rappelle qu’il réside à l’étage d’au-dessus !

Le commissaire d’exposition Julien Aure passe en mode artiste, on parle désormais à Félix Duclassan. Il expose à la galerie Cinq Dimensions pour la première fois. On ne l’oublie jamais celle-là ! L’artiste plasticien avoue : « j’ai réalisé ma toile, Autoportrait, il y a 4 ans, je ne l’avais jamais présentée. Certains exposants comme Mathilde Fossy ou François-Louis Athénas n’ont pas produit spécialement pour Made in, on a réuni ces pièces pour créer un même espace-temps. » Comme son nom l’indique, la peinture de Félix représente la partie haute de sa tête coiffée d’une casquette militaire chinoise. Le Réunionnais ajoute : « j’ai travaillé à partir d’une vraie photo de moi. Il y a cet aspect effacé plus un arrière-plan clair et vide car j’aborde la question de la mémoire. »

Interprétations libres !

Quand on demande à Félix ce que sa toile doit évoquer à celui ou celle qui la regarde, il part dans tous les sens. L’artiste mentionne « la perte de souvenirs, l’accélération du temps, la mélancolie, l’effacement de la planète à cause des catastrophes naturelles », mais aussi du positif (rassurez-vous) avec la reconstruction qui survient après par exemple. À la démarche des exposants s’ajoute une donnée tout aussi importante : votre perception !

L’expo Made in vous attend à la galerie Cinq Dimensions de Grand-Bois, elle se termine le 22 février. Tic tac ! 

Clem

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