Après une année de résistance résidence le panda le plus célèbre de la Réunion est de retour pour une expo à La Friche !
Finis les bambous et les forêts d’eucalyptus. Adieu les voyages en bateaux. Terminées les jolies kaz kréoles et ti boutik chinoises. Pour cette exposition le DAA se retrouve parachuté dans l’espace abstrait et intemporel de la ZAAD : La Zone Artistique À Défendre. Évidemment inspirée de la ZAD, d’abord Zone d’Aménagement Différé devenue par détournement Zone À Défendre.
Zone artistique libre
“La ZAD est un dispositif spatial d’occupation de l’espace pour entraver la réalisation d’un projet (avec des fermetures, des passages contrôlés), bien plus qu’un périmètre délimité.”
Avec cette exposition AANT aka Pandakroo, revendique la totale liberté de créer, et c’est bien cela qu’il s’agit de défendre. C’est protégé des perturbations de la zone du dehors, barricadé dans un atelier où s’entremêlent pinceaux et feutres en tous genres, rouleaux, peintures, cartons, tréteaux ou encore palettes que l’artiste expérimente et se réinvente. Ainsi extrait des pressions et influences du monde réel le panda évolue.

Au fil des trouvailles nécessaires à l’élaboration de la ZAAD les supports se diversifient : cartons, bois de récupération, vieux skates, bout de mur, toiles avec ou sans cadre… Dans cet espace de création préservé, tout objet récupéré devient une potentielle œuvre.
De fait, la production s’en trouve métamorphosée. Les formats s’agrandissent ou au contraire se minimalisent jusque dans les moindres détails. Les techniques utilisées, collages, dessins ou peintures s’adaptent aux supports. C’est dans cet univers renouvelé qu’évoluent les pandas de la ZAAD.
Alter egos auto fictifs de l’artiste, ils défendent les barricades de la zone artistique libre à l’aide de lances, ou de rouleaux à peinture. Dans un univers à la Mad Max, trônant sur des bâtiments faits de bric, de broc et de matériaux de récupération, seuls ou en groupe, les pandas font figure de résistance silencieuse face au vacarme du monde.

Ici le lieu d’exposition, La Friche, semble tout approprié. Ce grand hangar mis régulièrement à disposition des artistes fait également figure de Zone Artistique À Défendre : un espace préservé où créer et expérimenter sont encouragés. Le projet de la ZAAD de AANT prend alors tout son sens. La ZAAD est bien plus qu’un périmètre matériel et défini, elle ne se limite pas aux murs du lieu. C’est également un état d’esprit, une proposition artistique, la démarche de s’extraire du monde pour rédéfinir “l’art comme espace d’expression pure”. La ZAAD est ici magnifiquement mise en abîme à travers des œuvres accessibles à tous.
Panda dans la rue
AANT est surtout connu à la Réunion pour ses œuvres extérieures et de ce fait souvent affilié au street art. Pourtant l’artiste ne se considère pas vraiment comme “street artist” et encore moins comme graffeur. Sa production “street” ne représente selon lui qu’environ 5%. Son truc à lui, c’est d’exposer*.
À la différence de certains artistes ayant eu d’abord une pratique “vandale” du graffiti avant de se tourner vers les toiles, Pandakroo a d’abord commencé par des collages. Il n’utilise presque jamais la bombe de peinture. Sa passion c’est le dessin, et il se considère d’abord comme dessinateur. S’il est souvent invité aux festivals graffitis, il n’y participe que rarement car son processus de création est souvent trop long pour ces évènements..
Mais sa deuxième passion, c’est le rap français. Le vieux rap français principalement, avec ses pianos, ses caisses claires qui tabassent et ses “explicit lyrics”. Il explique en écouter tout le temps en créant et cela se voit dans ses œuvres. Les pandas portent volontiers casquettes et bling bling à l’effigie du Panda World Kroo. Les murs, les cabanes ou les barricades qu’ils défendent ne sont pas à l’abri d’une nuée de tags et de coulures.

Et lorsque l’on demande quelle bande son il écouterait en parcourant son expo, il répond “si ça ne tenait qu’à moi, du rap avec des scratchs”. Mais marmay oblige, pour le vernissage ça sera plus hiphop instrumental et électro avec Vivi & Ago !
Alors si le panda n’est pas graffeur, il est résolument HipHop ! Et dans le futur il n’exclut pas des collaborations avec d’autres artistes peintres plus tournés vers la rue, ou pourquoi pas une exposition mêlant dessin et tatouage.. Affaire à suivre
Apo
- Visitez la ZAAD du 29/11/2024 au 31/01/2025
- Visite gratuite du mardi au samedi de 9h à 17h
- Vernissage le 29/11 à 18h00 avec Dj set et restauration.
- Journée portes ouvertes en présence de l’artiste le 14 décembre.
*Expositions personnelles :
- 2024 : ASOBIBA — Galerie Veryyes, Saint-Pierre
- 2024 : Da-rïde — Santa-Cruz, La Saline
- 2022 : pandaflow — La Vitrine Flow, Les Vans
- 2022 : T.O.C (dessins sur cartons) — La Tête dans les étoiles, Saint-Gilles
- 2021 : BLACKDA — Galerie Veryyes, Saint-Pierre
- 2021 : collection — Lux, Saint-Gilles-les-Bains.
