Azenda.re

Ma(‘R)gique !

La compagnie Danses en l’R fait son festival pas tout à fait comme les autres, et ça tombe plutôt sous le sens, puisqu’il célèbre la diversité. Avis à tous : allez-y, ça risque de faire du bien !

L’objectif : « changer de regard sur la différence en général et les marges en particulier ». Le spectacle vivant (quel que soit le côté de la scène où l’on se trouve) n’est-il pas le médiateur idéal pour ça ?

Les arts de la marge, c’est donc une jolie expression pour réunir des projets artistiques inclusifs, tissés de chaque voix, expérience, parcours et capacité… et qui détricotent préjugés, barrières et croyances limitantes (vis-à-vis du handicap, notamment).

« Diversité, créativité, inclusion »

Et ce, sur tous les plans, de l’écriture à la représentation, dans la forme et dans le fond, avec :

  • Des artistes et interprètes différents. Eric Languet, chorégraphe, explique : « il y a des danseurs et des musiciens, certains sont porteurs de handicap, d’autres sont porteurs de « normalité » (lequel est le plus différent, ça reste à savoir…). Pour certains, c’est leur premier spectacle professionnel ».
  • Des horizons et origines différents : les artistes et compagnies nous viennent du Kenya, de métropole, de Grande Bretagne, Belgique, et bien sûr de la Réunion.
  • Des propositions multidisciplinaires : danse et musique live, les deux en même temps ou pas.
  • Des propos, des sujets et des traitements variés (allez zyeuter le programme !)
  • Un programme tout aussi diversifié : spectacles, concerts, projections, échanges, rencontres, ateliers, formations, pour tous publics et, bien entendu, inclusifs, avec les compagnies invitées. Certains payants, certains en salles, mais aussi beaucoup de gratuits et en espace public.
  • Sans oublier « le village », dans la rue Eugène Dayot (à l’angle de la Cerise) : concerts, DJ sets, rencontres dans une ambiance guinguette les soirs de week-end.

Updates 2024

La deuxième édition comporte quelques améliorations notables par rapport à la première. De 3 jours sur un seul lieu, on passe cette année à 3 semaines, sur plusieurs lieux de la commune de St Paul, du centre-ville au Guillaume en passant par Saint-Gilles. L’accessibilité est élargie, avec des événements en plein air, dans l’espace public. Plus nombreuses aussi, les compagnies, intervenants (dont le Wild Classical Music Ensemble, la Cie Yann Lheureux, la Cie Cirk’Oblique, La Cie Pamoja, la Cie Stopgap, le collectif Mondo, et les percussions de Treffort…), collaborations (dont les Francofolies et les théâtres départementaux) et partenaires (DRAC, Commune, TCO, Région, Lalanbik, Fondation de France, Olympiades culturelles…).

En bref, tout ce petit monde n’a pas chômé ces deux dernières années !

Ti pa ti pa n’arivé

Dans le fond, l’idée du festival est aussi de « rendre l’offre culturelle réunionnaise accessible et désirable ». Autour de ce projet ont eu lieu des réflexions sur une charte d’accessibilité aux lieux culturels de l’île. Pour le public, certes (que tout le monde puisse aller au spectacle), mais aussi à la scène (que tout le monde puisse faire du spectacle, eh oui, ça vient moins souvent à l’esprit). Un travail en ce sens est en cours avec un comité d’accessibilité.

Le projet aura donc, peut-être, permis à la puce d’arriver aux oreilles, puis aux intelligences de se mobiliser sur la question… et de faire avancer les choses concrètement, qui sait. Franchement, c’est pas beau ça ?

Changer de paradigme : une création « sur le fil »

« La marge, c’est le mouvement, c’est à cet endroit que l’art existe »

(Valérie Lafont, directrice de Lalanbik).

Eric Languet n’en est pas à son coup d’essai sur le sujet. Parlant de son nouveau projet collectif, « La Fabrique de l’oiseau », « spectacle hybride et inclusif », il explique : « c’est une création sur le fil qui peut bouger, du fait des gens qui y participent »… Dans ce travail, il s’agit d’autoriser une forme de « liberté sans filtre, d’être au mouvement. C’est que je recherche dans la danse depuis 40 ans. »

C’est un parti pris artistique qui demande confiance, patience, et surtout, d’accepter un changement de paradigme dans l’écriture : « c’est un équilibre instable, c’est très fort et en même temps, rien n’est sûr. Je sais qu’ils (les danseurs) vont arriver au bout, mais comment, ça on ne sait pas à l’avance ». Accepter de remettre en question ses positions dans la façon de créer et de représenter, voilà un choix culotté, engagé aussi.

C’est accepter d’être vulnérable. « Cette vulnérabilité, on l’a en commun avec tout le monde ».

C’est peut-être ça qui fédère autant et qui nous touche au cœur ? De Saint-Exupéry a écrit : « si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente ». Le Festival des Arts de la Marge en fait la preuve concrète. Le mieux reste de voir par vous-mêmes et d’aller goûter un peu de fraîcheur, de liberté et d’humanité partagée ces prochains jours.

Lalou.

Danse | Musique | Festival des arts de la marge | jusqu’au 21/09/2024 | Saint Paul

Le programme est fourni, et vous le trouverez ici : https://azenda.re/danse/festival-des-arts-de-la-marge/

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